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La photo infra-rouge

Tutoriel complet sur la photographie infra-rouge.

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© Guillaume Fürst, 2013
Nikon D90 ; focale : 157 mm ; ouverture : f/8 ; vitesse : 1/100 s. ; ISO : 100

1. Principes physiques de la photo-infrarouge (IR)

Commençons par un peu de théorie. Comme vous le savez peut-être déjà, la lumière est une partie particulière du spectre électromagnétique, particulière parce que visible. Cette partie du spectre comprend des longueur d'ondes de 400 nanomètres (nm) jusqu'à 700 nm. Nous percevons les ondes de 400 nm comme du violet, celles autour de 500 nm comme du bleu, etc., jusqu'au rouge à 700 nm (voir la figure ci-dessous).

Le spectre de la lumière visible et ses extrêmes

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© Image originale de Wikipedia



A l'extrême gauche de ce spectre de la lumière visible, en dessous de 400 nm, c'est l'ultra violet, que nous ne pouvons pas voir. Et à l'extrême droite, au-delà de 700 nm, c'est infra-rouge, que nous ne percevons pas non plus. Voilà donc, en théorie, où se situe l'infra-rouge. Ainsi, quand vous faite de la photo IR, vous faite de la photo de lumière invisible à l'oeil nu, lumière que l'on peut capter uniquement à l'aide d'un matériel particulier, tel que, bien sûr, l'appareil photo!

Notons encore qu'il y a plusieurs catégories de rayons infra-rouge: l'IR proche, l'IR moyen et l'IR lointain. En photo, on est le plus souvent intéressé par l'IR proche, dans les 700-1000 nm. Pour capter les autres types d'IR, il faut vraiment du matériel très spécial, genre militaire. Vous n'aurez donc pas la thermo-vision de Predator avec un appareil photo IR!

Thermo-vision de Predator

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© Image originale sur deviantart.net

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2. Motivation à faire de l'IR, description du rendu de l'image

Quelles peuvent être les motivations à faire l'IR? Pourquoi se donner autant de mal à capter de la lumière invisible? Souvent, la pratique de l'IR est motivé par un intérêt esthétique, l'envie d'obtenir un rendu différent de la photo classque. (Il existe des façons de simuler le rendu IR sous Photoshop, mais le procédé a ses limites.) L'IR est donc surtout une question de goût, pour son rendu particulier, ainsi qu'une question de "philosophie", celle de l'envie d'explorer de nouvelle contrées visuelles.

Le rendu de l'IR est différent selon le type de photo. Voyons le cas du paysage pour commencer, car c'est surtout pour cela que cette technique est intéressante. Un ciel photographié en de cette façon va être très dense; le bleu devient très sombre car il réfléchit très peu d'IR, mais les nuages restent bien blancs. Ceci donne des ciels très contrastés et dramatiques. L'eau devient très sombre également. En ce qui concerne la végétation, elle devient blanche, car les feuillages réfléchissent beaucoup d'IR. Ceci est surtout vrai si les feuilles sont éclairées directement par le soleil; les cet effet est beaucoup moins marqué pour la végétation qui se trouve à l'ombre.

Paysage en infra-rouge noir et blanc

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© Guillaume Fürst, 2013


Les effets mentionnés ci-dessus – ciel contrasté et feuillages blancs – seront d'autant plus marqués si le filtre IR est très fort et ne laisse passer que très peu de lumière du spectre visible (voir plus loin, section matériel). Si vous avez un filtre qui laisse passer une partie de la lumière visible et de l'IR, le ciel et l'eau auront une teinte rouge et la végétation bleue. Vous pourrez modifier par la suite ces couleurs, par exemple en ajustant la balance des blancs. Une chose à noter encore pour la photo de paysage: l'IR a tendance à être très peu sensible la brume. C'est donc idéal pour la photo aérienne ou la photo de paysage à grande distance au téléobjectif.

Paysage en infra-rouge couleur

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© Guillaume Fürst, 2013


L'IR modifie aussi systématiquement plusieurs couleurs artificielles (teinture, peinture, etc.). Par exemple, le rouge devient blanc, certains tons sombres peuvent également devenir très clairs, certains verts peuvent virer au bleu. Des réactions différentes peuvent être observées en fonctions des matériaux. Par exemple, l'effet est quasi inexistant sur la pierre, mais pas sur le bois, dont certaines teintures foncées peuvent apparaître plus claires. Globalement, l'intérêt de l'IR pour des styles de photos tels que le architecture ou le nature morte reste assez limité.

Comparaison entre appareil classique (à gauche) et IR (à droite)

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© Guillaume Fürst, 2013


En ce qui concerne la lumière artificielle, l'IR peut réagir différemment selon les types de sources de lumière (ampoule, néon, etc.) et leur coloration éventuelle. Ainsi, il est possible de faire de la photo IR en intérieur, avec ou sans flash, ou de nuit à l'extérieur. Pour la photo de nuit, l'IR ne permettra pas une augmentation de la quantité de lumière (il ne fera pas plus clair). L'IR se heurte donc aux mêmes contraintes de faible luminosité que la photo classique, avec un effet intéressant éventuellement sur certains éclairages artificiels ou la lumière de la lune.

Photo de nuit en infra-rouge couleur

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© Guillaume Fürst, 2013


Pour le portrait, on obtient un rendu assez étonnant: la peau est très claire et l'iris (la partie de l'oeil habituellement colorée) devient sombre, ce qui donne un aspect général assez fantomatique. Après, on aime ou pas... En tout cas l'effet est bien là, potentiellement très marqué selon le type de peau et la couleur des yeux du modèle. Intéressant aussi parfois sur les cheveux; certaines teintures sombres en lumière visible sont très étonnantes en IR!

Portrait en infra-rouge couleur

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© Guillaume Fürst, 2013



En résumé, l'IR permet de révéler une partie du spectre lumineux invisible à l'oeil nu. Ceci ouvre de nouvelles possibilités, qui sont surtout intéressante à l'extérieur, pour le paysage en lumière naturelle. L'IR a également certains inconvénients, tel que le fait de limiter beaucoup le rendu des couleurs classiques. L'IR n'est donc pas forcément adapté à tous les styles de photos – mais de nombreuses expérimentations sont sans doute possibles!

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3. Matériel à utiliser pour faire de l'IR

Considérons maintenant avec quel type de matériel on peut faire de la photo IR. Avec l'argentique tout d'abord, mieux vaut oublier; c'est possible mais extrêmement compliqué. Avec le numérique, il existe deux solutions: (1) boîtier standard avec utilisation d'un filtre externe à visser sur l'objectif; (2) modification du boîtier pour l'IR (filtre sur le capteur).

IR avec filtre sur l'objectif et boîtier standard
La première option, celle du filtre sur l'objectif, permet de faire de l'IR avec un boîtier normal, mais avec les mêmes contraintes qu'avec un filtre gris neutre très dense. Pour laisser passer l'infra rouge, la lumière visible doit être fortement coupée par le filtre, ce qui implique un assombrissement général très fort, et donc la nécessité d'utiliser un temps de pose potentiellement très long (vitesse lente). A titre indicatif, un temps de pose sans filtre de 1/100ème de seconde, va donner un temps de pose de l'ordre de 10-20 secondes. (Pour plus de détails sur l'utilisation de ce genre de filtre, voir la section techniques de prise de vue en IR.)

Exemple de filtre IR.

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© Image originale sur adorama.com


Cette nécessité de couper la lumière visible pour obtenir de l'IR est lié au fait que la plupart des appareils photo contemporains sont équipés d'un filtre qui empêche partiellement l'IR de passer. D'ailleurs tout les boîtiers ne sont pas égaux à cet égard; certains boîtiers ont un filtre IR plus fort que d'autre. Pour savoir si votre boîtier est sensible à l'IR, faites ce test très simple: prenez votre boîtier et préparez-vous à prendre une photo en utilisant l'affichage de l'écran LCD, ensuite prenez une télécommande et orientez-là en direction de l'objectif, puis appuyer sur un bouton de la télécommande. Vous devriez voir une lumière clignotante provenant de la télécommande quand vous l'activez. Plus cette lumière est visible, meilleur est votre boîtier pour l'IR. Ceci permet d'être sûr que votre boîtier laisse passer au moins un peu d'IR avant d'acheter un filtre à visser sur l'objectif.

Test de la télécommande.

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© Guillaume Fürst, 2013


Plusieurs modèles de filtres existent. Les filtres de base, que j'ai vu recommandé plusieurs fois, sont le Hoya R72 et le Kodak Wratten 89b Filter. Ces filtres coupent à 720nm, ce qui est un assez bon compromis: l'effet IR est bien présent, mais l'assombrissement n'est pas trop violent. Un filtre qui coupe à 800 ou 900 nm est vraiment extrême et ne laisse passer quasiment aucune lumière visible, ce qui implique des temps de pose terriblement longs. A ce niveau là aucune couleur ne passe et vous avez directement du noir et blanc. Bien sûr, c'est aussi là ou l'effet IR est le plus marqué. En l'inverse, un filtre qui coupe moins de lumière visible (autour des 600 nm) laisse passer un peu de couleur, ce qui laisse plus de flexibilité et de possibilités en post-traitement.

Différents filtres et leurs effets.

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© Image originale sur kolarivision.com


Enfin, une précaution importante: avec un filtre IR sur l'objectif, ne pointez jamais votre optique en direction du soleil alors que vous regarder à travers le viseur, au risque de littéralement vous cramer la rétine. En effet, l'oeil va réagir comme s'il faisant très sombre (dilatation de la pupille), alors que beaucoup de rayonnements dangereux vont néanmoins passer à travers le filtre. Idem avec le filtre seul, ne vous amusez pas à regarder le soleil à travers.



(pour lire la vidéo, cliquez sur le bouton ci-dessus, puis sur "play")


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IR avec boîtier modifié
Seconde solution pour faire de l'IR: le boîtier modifié. Cette solution est clairement plus radicale, car elle implique de dédier un boîtier entièrement à l'IR. L'idée de base de toute modification de ce type se compose de deux étapes: (1) enlever le filtre d'usine sur la capteur qui empêche l'IR de passer; (2) ajouter un filtre qui coupe la lumière visible (filtre similaire à ceux évoqués ci-dessus). Clairement, il s'agit de modifications importantes, car il faut complètement démonter le boîtier et traficoter le capteur. Il est bien sûr possible de le faire soi-même (pour un exemple, voir les liens en savoir plus ci-dessous), mais il faut être assez bricoleur et/ou ne pas avoir peur de flinguer son boîtier. Sinon, il existe des professionnels qui peuvent le faire pour vous. En ce qui me concerne, j'ai choisi cette seconde option, avec le site www.lifepixel.com.

Ouverture d'un boitier et démontage du filtre qui coupe l'IR.

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© Images originales sur alpha-numerique.fr


Cette solution du boîtier modifié est donc clairement plus coûteuse: il y a le coût du boîtier et le coût de sa modification par un professionnel (ou le risque de ne pas réussir à remonter correctement le boitier si on le fait soi-même!). Ensuite, il y a le fait que ce boîtier sera entièrement dédié à l'IR. Le retour en arrière est toujours possible, mais au même prix que celui de la modification initiale. Au final, cette solution radicale pourra en refroidir plus d'un, mais elle comporte toutefois de nombreux avantages.

Avec un boîtier modifié de cette façon, il n'y a pas tous les problèmes d'assombrissement évoqué plus haut avec le filtre à visser sur l'objectif. Avec ce type d'équipement vous pouvez photographier avec des vitesses normales. Ce n'est pas négligeable car, avons-le, les temps de pose de 30 secondes, le trépied à trimballer, les contraintes que ça impliquent en terme de cadrage et de mobilité, le temps d'attente du débruitage des poses longues, etc., au bout d'un moment c'est pénible. Avec un boîtier modifié, rien de tout ça. De plus, vous pouvez utiliser n'importe quelle optique, il n'y a pas de problème de compatibilité; pas de problème de filtre trop petit ou impossible à monter sur des objectifs spéciaux comme le fish-eye. Plus radical donc, mais plus efficace.

Photographie infra-rouge au fish-eye.

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© Guillaume Fürst, 2013


Avant de se lancer dans la modification d'un boîtier, il va bien sûr falloir le choisir. Comme souvent, deux options extrêmes existent: la pas chère et celle de meilleure qualité. La pas chère peut être tentante, mais prendre un boîtier de faible qualité pour le faire modifier n'est pas nécessairement une bonne idée, sauf si vous voulez tenter de le bricoler vous même pour commencer.

Si vous décider de faire faire la modification par un professionnel, choisissez quand même un bon boîtier. Un compact de bonne qualité, genre Canon G11, est une première alternative. Autre solution: un second boîtier similaire à votre premier boîtier, en sorte de pouvoir utiliser les objectifs que vous avez déjà. Acheter un boîtier d'occasion peut aussi être une bonne idée, mais n'en achetez pas un trop vieux; ce serait dommage d'investir dans une modif IR sur un boitier en fin de vie.

Tableau 1. Récapitulation des avantages et inconvénients:
IR avec filtre sur l'objectif vs. avec boîtier modifié.


Filtre sur l'objectif

Boitier modifié

Avantages

Pas trop onéreux (env. 100 €, selon la taille du filtre).

Adaptable sur plusieurs objectifs au diamètre inférieur ou égal à celui du filtre.

Fonctionne avec n'importe quel objectif (en utilisant l'écran du boitier pour l'exposition et la mise au point).

Pas de problème de halo.

Temps de pose normaux.

Inconvénients

Exposition et mise au point laborieuses.

Certains objectifs produisent un halo.

Temps de pose très long.

Plus onéreux (env. 300 $ chez lifepixel.com)

Votre boîtier IR ne fera que de l'IR.




Encore quelques pistes plus spécifiques en ce qui concerne les boîtiers: chez Sigma, il y a les boîtiers SD1 et SD14 dont le filtre anti-IR peut être enlevé très facilement, sans démonter le boîtier. C'est une option intéressante en principe mais le SD14 est hors de prix. Si le SD1 est plus abordable, sa résolution est limitée et il faudra aussi compter l'achat d'optiques Sigma. Pas forcément la meilleure solution donc si vous avez déjà un parc optique d'une autre marque. Enfin, toujours dans le genre des boîtier spécifique IR, voir aussi certaines séries spéciales des Fujifilm FinePix ou le Canon 60Da.

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4. Techniques de prise de vue propres à l'IR

Maintenant que nous avons une bonne idée du matériel à utiliser, regardons plus en détails quelles sont les particularité de l'IR au moment de la prise de vue. Certaines contraintes sont générales et concerne tout type d'équipement (filtre sur l'objectif et boîtier modifié); d'autres varient sont plus spécifiques à un certain type de matériel.

Contraintes liées aux objectifs
Si vous avez choisi l'option "filtre sur l'objectif" plusieurs choses sont à prendre en compte. Premièrement, il faut mieux, dans la mesure où votre budget le permet, prendre un filtre qui est assez grand; un filtre d'un diamètre donné peut toujours être adapté sur des optiques au diamètre plus petit, alors que, bien sûr, l'inverse n'est pas vrai.

Deuxièmement, certains objectifs sont connus pour former un halo (ou "hot spot") en IR; ça peut donc valoir la peine de faire un peu de recherche sur Internet pour savoir quelle optiques sont recommandées (voir p. ex. ici).

En revanche, si vous avez choisi de modifier un boîtier pour le consacrer à l'IR, vous pouvez utiliser n'importe quelle optiques (voir toutefois les aspects sur la mise au point expliqués plus bas).

Exemple de halo (hot spot) qui peut apparaître avec certains objectifs.

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© Image originale sur lifepixel.com


Balance des blancs
Que vous utilisiez un filtre externe ou un boîtier modifié, la balance des blancs automatique du boîtier risque d'être assez sérieusement perdue. Concrètement, vous risquez d'avoir un rendu très très rouge. C'est un effet qui est tellement marqué, que je recommande deux solutions pour le gérer.

Premièrement, faites une balance des blancs manuelle. L'idée de base est de calibrer la balance des blancs en photographiant un sujet entièrement blanc. Consultez le manuel de votre appareil pour les détails. Ce ne sera pas parfait, mais vous aurez déjà une image à peu près "interprétable à l'oeil". Avec une balance des blancs auto, le rendu va être tellement bizarre que vous risquer d'avoir carrément de la peine à évaluer la qualité de votre composition.

Deuxième option, shootez en RAW afin de pouvoir modifier à loisir la balance des blancs en post-traitement. Ceci d'ailleurs est à la limite de l'obligatoire. Faire de l'IR en JPG se situe sans doute quelque part entre le sacrilège et la perte de temps. Si vous donnez la peine de faire l'IR, il faut que vous ayez la possibilité de traiter correctement vos images.

Balance des blancs auto (à gauche) vs. balance des blancs manuelle (à droite).

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© Guillaume Fürst, 2013


En conclusion sur cette question de la balance des blancs, je conseillerais d'utiliser ces deux options de concert: balance des blancs manuelle pour être au plus juste et avoir déjà une bonne idée du rendu au moment de la prise de vue, puis post-traitement du RAW pour affiner le tout. (Pour plus de détails, voir les liens en savoir plus en bas de page).

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Composition
En ce qui concerne la composition, si vous utilisez un filtre à visser sur l'objectif vous allez devoir procéder de la même façon qu'avec un filtre gris neutre très fort. Concrètement, une fois le filtre vissé sur l'objectif, vous ne verrez vraiment pas grand chose, limite rien du tout. Il vous faudra donc composer votre photo avant de visser le filtre et utiliser un trépied ou un autre support pour poser l'appareil. Il est important de noter que plusieurs styles de photo, tels que la macro, le portrait ou le reportage, ne sont pas envisageables dans ces conditions. Si vous avez un boîtier modifié, vous n'aurez pas ce problème et pourrez composer normalement.

Exposition et quantité de lumière
En ce qui concerne la mesure de la lumière et l'exposition , elle va être un peu délicate si vous utilisez un filtre à visser sur l'objectif. L'assombrissement du filtre est si fort que la mesure automatique de l'exposition risque d'être un peu perdue. Il est donc probable que vous deviez procéder par essai-erreur en mode manuel. Faites des tests et utilisez l'écran LCD ainsi que l'histogramme pour ajuster votre exposition.

Par ailleurs, si vous avez un filtre sur l'objectif, il vous faudra beaucoup de lumière, donc évitez les sombres journées d'hiver et les minutes juste après le coucher du soleil, sauf si vous n'avez pas peur des temps de pose de plusieurs minutes. Dans ces conditions, on peut avoir un dilemme: éviter le bruit lié aux longs temps de pose vs. éviter le bruit ISO. L'idéal est de garder une sensibilité autour des 400 ISO et des temps de pose de quelques secondes. Le plus simple bien-sûr est aussi d'éviter de se mettre dans des conditions extrêmement difficiles; évitez de faire de la photo IR de nuit avec un filtre à visser sur l'objectif, parce que là le temps de pose va carrément se compter en heure...

Si vous avez un boîtier modifié, vous n'aurez pas ce problème d'assombrissement général et vous pourrez en principe utiliser normalement la mesure de la lumière du boîtier. En pratique, j'ai toutefois constaté une légère tendance à la sous-exposition. J'ai donc pris l'habitude d'utiliser systématiquement une correction d'exposition de +0.3, +0.7, voir +1 IL. Ceci n'est peut-être pas valable pour tous les boîtiers et dépend bien sûr de la dynamique de la scène. En bref, surveillez votre histogramme et faites en sorte qu'il soit bien calé à droite sans que pour autant des blancs soient cramés. Si votre photo vous semble trop claire (mais que les blancs ne sont pas cramés), vous pourrez retoucher la luminosité en post-traitement et assombrir l'image pour retrouver la luminosité originale. L'inverse, c'est-à-dire exposer trop sombre et éclaircir par la suite, est à éviter, car c'est une procédure qui va générer beaucoup de bruit. Ce principe est d'ailleurs en général, aussi pour la photo classique en lumière visible.

Infra-rouge en fin de journée

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© Guillaume Fürst, 2013


Enfin, en rapport avec cette question de la quantité de lumière, j'ai lu plusieurs fois des trucs du genre "le rendu IR est mieux à midi quand la lumière est dure". Je ne suis pas trop d'accord avec ce conseil, pour plusieurs raisons. Premièrement, la lumière de midi, surtout en été, c'est assez moche (pas d'ombre, pas de modelé, ou alors des ombres dures plutôt disgracieuses). Par contre c'est vrai que la lumière directe, non voilée par des nuages, réfléchit beaucoup plus d'IR. Mais pas forcément à midi pour le coup! Personnellement, j'ai obtenu des résultats exceptionnels avec de la lumière de fin de journée. Ainsi, en IR comme en photo classique, le début et la fin de journée reste globalement les meilleurs moments pour faire de la photo.

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Mise au point et netteté
Avec un filtre vissé sur l'objectif, on rencontrera également un problème pour la mise au point. Du fait de l'assombrissement causé par le filtre l'AF ne pourra pas fonctionner. Dans ces conditions, le réflexe naturel va être de faire la mise au point au moment de la composition, sans le filtre, puis ensuite de visser le filtre, et enfin, prendre la photo (en tâtonnant pour l'exposition, comme expliqué ci-dessus). Malheureusement cette méthode ne fonctionnera pas, car il y a une spécifité propre à l'IR à prendre en compte.

La mise au point est spécifique en IR à cause de sa longueur d'ondes différente de celle de la lumière visible. L'idée de base est qu'une mise au point correcte en lumière visible va être incorrecte en IR. En effet, la focalisation est décalée; l'IR apparait "plus près". Par exemple si l'AF focalise en lumière visible à 5 mètres pour qu'un certain sujet soit net, il faudra ajuster la mise au point pour que ce même sujet soit net en IR, par exemple en focalisant à 3 mètres plutôt qu'à 5. A noter que ce facteur de correction dépend de la focale; plus la focale est courte (grand angle), plus le décallage est important.

Avec un filtre vissé sur l'objectif, il y a plusieurs solutions pour pallier à ce problème. La première est de faire recalibrer l'objectif. En gros, un objectif recalibré présente un marquage pour la lumière visible et pour l'IR. L'idée est donc de faire la mise au point sans filtre en lumière visible, puis de visser le filtre. Ensuite, on va puis tourner la bague de mise au point en suivant le marquage spécifique à l'IR, qui va indiquer jusqu'où il faudra tourner cette bague. Sur certains objectifs, ce marquage est présent d'origine, indiqué par un point ou une ligne rouge (voir les exemples ci-dessous).

Marquage spécial infra rouge sur l'objectif.

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© Images originales sur thomaspiteraphotography.com et lifepixel.com


Une autre solution consiste à faire la mise au point normalement, puis à corriger grossièrement "à vue de nez", en faisant la mise au point plus proche que l'endroit que l'on aimerait le plus net. Pour assurer le coup, on utilisera une petite ouverture afin d'avoir une grande profondeur de champ (en essayant toutefois de ne pas dépasser f/16 pour ne pas perdre en qualité d'image à cause de la diffraction). Avec cette technique on perd en subtilité de mise au point, mais c'est un ajustement grossier qui peut fonctionner en paysage par exemple, où l'on veut souvent que tout soit net. Par contre pour le portrait ou la macro, ça va être très laborieux.

Avec un boîtier IR modifié, les deux solutions que nous venons de voir peuvent être utilisées, en plus d'une troisième, qui est beaucoup plus pratique. Cette solution consiste à faire la mise au point en utilisant l'écran LCD de l'appareil, qui se base sur l'image avec l'effet IR et qui fait donc la mise au point correctement. Le seul inconvénient de cette méthode est que l'on doit composer son image en utilisant l'écran LCD, ce qui n'est pas toujours souhaitable, soit parce qu'on préfère composer dans le viseur, soit parce que les conditions sont défavorables à l'utilisation du LCD, par exemple en extérieur par très forte luminosité, où on ne voit pas grand chose sur l'écran. Toutefois, avec un peu d'entrainement, il est possible de composer dans le viseur tout en faisant la mise au point avec l'écran. Il suffit de composer son image comme d'habitude dans le viseur, en plaçant le curseur de mise au point là où on veut que l'image soit nette. Ensuite, on va activer l'écran LCD, refaire la mise au point et prendre la photo. Il faut faire cela en bougeant le moins possible et sans décoller l'oeil du viseur afin que la composition ne change pas, mais c'est largement faisable et finalement assez facile avec l'habitude.

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Dernières remarques et conclusion

Vous l'aurez compris, l'IR est une technique photo assez contraignante. Avant de se lancer, il faut être sûr d'aimer vraiment le rendu visuel particulier que cela permet. Il faut également de bonnes connaissances des bases de la photo (exposition, balance des blancs et netteté en particulier). Et ce d'autant plus si vous optez pour la solution des filtres vissés sur l'objectif. Cela peut paraître contre-intuitif, mais cette option du filtre externe est à recommander plutôt pour les photographes aguerris, en tout cas pour ceux qui n'ont pas peur de passer beaucoup de temps à la prise de vue. Enfin, il faut en tous les cas être prêt à faire quelques retouches simples sur les fichiers RAW (luminosité, contraste, couleur), ainsi qu'éventuellement quelques retouches plus avancées (corrections sélectives, conversion en noir et blanc).

Au-delà de ces contraintes, la photo IR est vraiment intéressante. Elle faire voir le monde différemment et offre beaucoup de possibilités en terme de rendu des couleurs et des contrastes. En redéfinissant ce qui est visible et ce qui ne l'est pas, l'IR casse les habitudes et invite naturellement à l'expérimentation. Avec l'IR, il n'y a plus de dogme de la "réalité", plus de mythe de la photo "qui montre ce qu'on voit", plus de tabou du genre "retoucher c'est tricher". En IR, la seule image qui compte, comme cela devrait toujours être le cas, c'est celle de votre vision, de votre interprétation. L'IR est certes en train de devenir de plus en plus répandu, de plus en plus accessible (cet article y contribue d'ailleurs), mais même si on s'y habitue, l'émerveillement est toujours là. J'ai franchi le pas et je ne regrette pas!

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© Guillaume Fürst, 2010-2016. Mis à jour le 3 janvier 2016.

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